CIRCUIT 3


 

3kms - 1 heure 15 (Circuit en bleu)

Des mégalithes à la mini-jupe


Rocher du Lion  - Line Goun

Rendez-vous sur le petit parking de l’entrée de la plage de Tréompan : il se situe à gauche  avant la maison portant le N° 7 du Chemin des dunes si vous venez par exemple de Portsall, après à droite si vous venez plutôt du côté de Lampaul-Ploudalmézeau.  



Face à la mer vous pouvez passer quelques instants sur le banc installé à gauche de l’entrée de la plage : des yeux vous pouvez admirer et comprendre tout ce qui est décrit sur nos circuits 1 & 2. Rejoignez le rocher du Lion qui se trouve à la pointe, sur votre gauche quand vous regardez la mer. Avant d’accéder à la plate-forme du blockhaus juste avant ce rocher vous remarquez le banc dédié à Jacqueline et le petit mémorial pour Bleuenn (pour avoir une pensée juste et adaptée, bien comprendre ce qu’ils signifient, reportez-vous à la fin du circuit 2).


Face à la mer, à gauche du rocher du Lion, vous découvrez l’Ile Carn, première étape de notre balade. Suivez le sentier qui débute à gauche du rocher du Lion jusqu’à arriver face à l’île mystérieuse : pour vous y rendre, il est nécessaire d’avoir consulté les horaires des marées (compter 30 à 40 minutes aller-retour en plus du temps passé sur l’île). En effet il faut impérativement s’assurer que la marée est descendante, pour avoir assez de temps pour faire la promenade sur l’île et pouvoir revenir sans se retrouver coincé par la marée! Ne partez jamais sans votre portable au cas où.. Le chemin le plus simple (même simple, il est à déconseiller aux personnes à mobilité réduite) pour rejoindre Carn est de passer par la gauche où il y a un espace sableux très praticable. Le chemin droit devant est au contraire assez périlleux et glissant à cause de la masse des algues. L'accès à l’île demande quelques minutes de marche sur des petits rochers et galets… Pour les simples promeneurs que nous sommes, il va falloir voyager entre certitudes, suppositions et légendes ...Vous-y êtes ? Alors accrochez-vous car ... VOICI LA MAGIE DE CARN !

LE MYSTERE LEGENDAIRE DU ROI MARC’H

Sur l’île CARN, le roi MARC’H vivait dans un très beau château, mais de manière un peu retranchée, à dire vrai … Il cachait un secret ! Le secret de ses oreilles … qu’il avait en forme d’oreilles de cheval (« marc’h » en Breton signifie «étalon/cheval »), et il ne voulait absolument pas que cela se sache ! Aussi avait-il fait creuser des tunnels souterrains partant de l’île pour rejoindre Croas Ar Reun ou Lestremeur (selon des sources de ploudalmézéiens encore vivants) : à chaque fois que l’envie prenait au roi de se faire tailler la barbe, ses gens utilisaient les tunnels secrets pour aller quérir un barbier sur Ploudalmézeau et ses alentours … une fois le travail accompli, le barbier était sacrifié pour ne pas qu’il puisse révéler que le roi avait des oreilles de cheval !!! Un jeune barbier du village de Penn Ar Pont (voir circuit 1), Losthouarn décida d’aller proposer ses services au roi : il embarqua depuis son village avec 2 complices jusqu’à CARN. Après avoir abordé, le jeune barbier demanda à ses 2 copains de l’attendre, et il rejoignit le château. Le roi MARC’H accepta volontiers l’offre et en fut d’autant plus satisfait que le jeune barbier s’avéra être un orfèvre dans l’art de la taille de barbe (il n’y avait pas à l’époque ce cylindre tournant chez nos coiffeurs qui indique cette spécialité). Le roi était aux anges tant le barbier était habile et méticuleux et alors qu’il le félicitait, c’est l’instant que choisit notre barbier pour faire déraper son coupe-chou et trancher la gorge du roi criminel … Notre jeune barbier prit ses jambes à son cou, rejoignit ses complices et ils voguèrent se réfugier à Penn Ar Pont ! Depuis il n’y a plus eu de disparition de barbier dans la région !!! Mais ceci serait trop simple … En effet, pour d’autres, les gens du roi – commandés par un borgne – recherchaient autour de l’île Carn, les meilleurs goémoniers, autant capables de tailler avec très grande précision les algues que les barbes…Repéré, le goémonier Talok, aîné de Marc’h, Jeunig et Loskouarn, fit procéder à un tirage au sort pour savoir lequel irait jusqu’au roi … et c’est donc Loskouarn qui hérita de la lourde tache … il arriva au château sous bonne escorte et une fois le roi prêt pour le rasage il lui trancha la tête avec sa faucille … le borgne ôta alors la couronne du roi pour la mettre sur la tête de Loskouarn, devenant le nouveau roi de Carn … Et pour compliquer la légende, si d’aucun affirme que le tunnel secret va jusqu’au Cap Horn, l’autre affirme qu’il était destiné aux futures épouses de Tréompan qui, la veille de leurs noces, devaient emprunter ce tunnel pour rejoindre la chambre du roi pour une nuit … malgré tout, nous sommes sur Carn et chacun, l’imagination aidant, choisira sa légende ... (sources : habitants de Ploudalmézeau, et aussi « Le roi Marc’h aux oreilles de cheval » du Professeur G. MILIN – 1991 – qui relate les recherches de l’Abbé ARZEL vers 1850, époque où les ecclésiastiques faisaient partie des « sachant écrire », et encore « L’Ile Carn » éditions CREAPHIS ...).

LE MEGALITHE le plus ancien au monde, ou presque !!!!

L’année de ses 20 ans, Yves COPENS (découvreur bien plus tard de la célèbre Lucy, plus vieux squelette humain découvert au monde), qui était encore jeune étudiant (dont une collègue de promotion vit aujourd’hui à la maison de retraite Alexis Julien à Ploudalmézeau), fit partie de l’équipe du Professeur GIOT qui procéda aux fouilles: dans ce mégalithe, des objets funéraires furent découverts mais pas d’ossements, ce qui peut s’expliquer par le mode d’inhumation, le climat (aucune comparaison possible avec l’Egypte), et surtout le milieu granitique n’offrant aucune chance de conservation… en revanche des charbons de bois permirent, en cette année 1954, d’effectuer une datation au carbone 14 … résultat … - 4200 ans … à 2-3 siècles près ... en gros, 2000 ans plus tôt que les célèbres pyramides pharaoniques … A cette époque, le cairn de l’Ile Carn était donc le plus vieux mégalithe daté au monde (mais aussi le premier daté avec cette méthode…) … Depuis d’autres datations ont été effectuées et nos voisins de St Pabu sont fiers de pouvoir avancer que les cairns découverts sur les îlets en face de chez eux sont plus anciens de 200 ans environ … Soit à combien de siècles près ? Comme le souligne l’archéologue Hubert ARZEL, il y a d’autres cairns, sur les îlets en face de Tréompan (au moins un sinon deux sur ROSSERVO par exemple) … mais y faire des fouilles, difficiles, n’apporterait aucune information supplémentaire. Laissons en paix ces lieux … Il est vraisemblable que des « vivants » y ont habité, le temps de la construction de la sépulture… mais à Carn, l’édifice a suffisamment été masqué – ou respecté – pour que les siècles suivants, les « pauvres » ne s’abritent pas chez les morts, comme cela a pu être vérifié ailleurs.

Maintenant que vous êtes en haut de l’Ile Carn, quelle est votre hauteur par rapport au niveau de la mer ? Eh bien 12 mètres, ce qui correspond à peu près à la hauteur d’un immeuble de 3 étages (+ rez-de-chaussée).

Prenez le temps de regarder le paysage autour de vous car il est incomparable, totalement différent de celui que l’on peut observer depuis la côte… Imaginez simplement qu’à l’époque de la construction du cairn, l’île était reliée au continent et que des forêts l’entouraient comme le confirment les découvertes de troncs pétrifiés à ses alentours (ormes, chênes…)… imaginez simplement car là vous êtes réalistes ...


Retournons vers la plage, celle qui est en face de vous, aujourd’hui appelée plage de Carn et qui était encore surnommée il y a une quarantaine d’années la « plage aux vaches ». On sait par exemple que lorsqu’il y avait des difficultés à trouver des pâtures, on amenait des vaches brouter sur l’île de BEC (circuit 1). Et peut-être en était-il de même pour ici ? tout comme sur l’Ile CARN via une location ...Notre balade va continuer sur le sable, en partant à droite (quand on regarde la dune) pour rejoindre Port Geoffroy. C’est le moment de remonter sur la dune en empruntant donc le sentier côtier réservé aux piétons.

PORT GEOFFROY était encore jusqu’au début du XX° siècle l’une des quelques grèves où l’on avait planté des pieux de bois pour y permettre l’amarrage des bateaux : les embarcations étaient attachées, par devant et par derrière à ces poteaux : ce système s’appelait l’embossage et Port Geoffroy était le seul port ainsi équipé sur Ploudalmézeau. 

D’ici et jusqu’à Porsguen regardez bien les rochers et imaginez les noms que l’on aurait pu leur donner … Si le nom du rocher de « la tortue » a mis tout le monde d’accord (encore que sous un certain angle on verrait la tortue en haut et une tête de sphinx devant) , que pensez-vous des autres, sans appellation officielle ? N’y verriez-vous pas celui de l’escargot, d’un Cyrano au nez bien célèbre ?

En poursuivant notre cheminement côtier jusqu’à PORSGUEN (et son rocher Ile de Pâques) … nous allons parler de mini-jupe ! Cette plage a été mise en avant lors des tempêtes de 2015 par une vidéo montrant un couple de personnes âgées, emporté par les flots et secouru par un passant … Dans les années 60-65 , pendant les étés, les gosses attendaient avec impatience le goëmonier Fanch Kam « François le boiteux » qui venait chercher avec sa charrette les chargements d’algues apportés par des bateaux, mais aussi le revendeur de glaces qui débarquait sur la plage avec sa 2CV transformée en pick-up sur l’arrière de laquelle trônait un magnifique parasol et une grosse glacière : les deux équipages avaient pour caractéristique de ne pas réussir à remonter le chemin de terre pour sortir de la plage, sans l’aide de « pousseurs » et tous les gamins donnaient un coup de main pour aider le cheval de Fanch ou la voiture du glacier (malgré ses « deux chevaux »).


Avant d’accéder à la plage contemplons bien ce paysage … ce panorama, source d’inspiration et de tranquillité, est celui qu’a d’ailleurs choisi le célèbre couturier-parfumeur Paco Rabanne pour y chercher de nouvelles inspirations créatives. N’oublions pas qu’il fut le premier couturier à faire défiler des mannequins hommes et qu’il a un rôle primordial dans la promotion de la mini-jupe : ce fut une véritable révolution dans la mode vestimentaire au milieu des années 60. Au coeur d’un mouvement féministe naissant, la styliste anglaise Mary QUANT lui donna un nom (elle décida de l’appeler « mini » de part le côté court de la jupe et parce qu’elle était très fan de l’AUSTIN MINI). De son côté, le grand couturier français André COURREGES créait dans le même temps des mini-jupes dans un style futuriste tandis que Paco RABANNE l’habillait avec du métal, du plexis glass, du rafia associés à des matières précieuses (or, argent, diamants). Il créa ainsi une mini-robe pour Françoise HARDY ou encore Brigitte BARDOT avec des plaquettes d’or et des gros diamants (voir photo ci-dessous).


À propos de Paco Rabanne, si vous avez l’occasion de participer à la fête des fleurs, organisée tous les ans à Ploudalmézeau par les « Amis du Moulin Neuf » (week-end de la Pentecôte), où la rose est reine, reconnaîtrez-vous celle à qui il a donné son nom ?

L’accès à la plage est plus facile en contournant la petite maison sur la dune pour descendre par le chemin désormais bétonné. La descente directe depuis la dune est un peu « scabreuse » notamment à marée haute. Une fois sur la plage on remarquera l’enrochement rendu nécessaire pour lutter contre l’érosion de la dune. Remontons sur la dune (côté gauche quand on regarde la mer) pour retrouver le sentier côtier et se retrouver 200 mètres plus loin face au le phare de Corn Carhai (tourelle de 20 m de haut à 3 éclairs blancs) … à droite, sous les flots, « repose » la carcasse métallique de l’AMOCO CADIZ … c’était en 1978 … le 16 mars … le super tanker s’échouait sur les rochers juste là, devant vous, provoquant à l’époque la plus grande marée noire au monde causée par le naufrage d’un navire. 220.000 tonnes s’échappèrent de l’épave, souillant 350 km de côtes, tuant 260.000 tonnes d’animaux … 2.000 personnes participèrent au nettoyage du littoral et ce n’est qu’en 1992 que les élus locaux emmenés par le Sénateur-Maire de PLOUDALMEZEAU, Alphonse ARZEL eurent raison devant le tribunal américain qui condamna la société Amoco.


En poursuivant le sentier côtier vous arrivez face à l’Ilet de Line GOUN (voir photo ci-dessous) et sa toute petite plage à gauche, qui a retrouvé son sable blanc. Nous arrivons au terme de notre promenade. Pour le retour vous pouvez aussi suivre le bord de route si la marée vous interdit le passage par les plages (parcours plus court).